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Nom du blog :
shenight
Description du blog :
22 ans, 1ère relation lesbienne, paumée et dévorée d'interrogations sur ce qui m'attend, etc...
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
15.05.2007
Dernière mise à jour :
10.06.2008
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Un job de m...

Un job de m...

Posté le 16.05.2007 par shenight
Mon boulot ? Caissière à Leclerc... Ce n'est pourtant pas ce à quoi je me destinais mais voilà, on ne choisit pas toujours. C'est le seul emploi à peu près stable que j'ai trouvé en octobre dernier lorsque je suis venue rejoindre ma femme pour vivre avec elle dans sa famille.
Depuis que je suis môme, ma mère disait régulièrement qu'elle ne voulait pas voir finir ses filles "caissière à Mammouth" ; aussi, je vécu mon embauche comme une honte. De plus, il n'y a pas que ma mère pour me rappeler que c'est un métier de m... : les clients ne manquent pas une occasion de nous faire savoir que l'on bosse pour eux, que l'on est là pour les servir. Mauvaise humeur, méchanceté, impolitesse, etc. sont le lot quotidien de l'hôtesse de caisse. Enfin, je ne suis pas là pour décrire les conditions de travail de la caissière en général mais pour parler de ce qui m'arrive depuis peu à Leclerc.

Au début, j'ai préféré cacher le fait que j'étais lesbienne de peur d'être mal vue et que la nouvelle fasse le tour du magasin. Eh oui ! un univers quasi exclusivement féminin et des mégères : je craignais que les autres aient peur de se faire draguer ou d'être le sujet de conversation qui amuse la galerie. Avec le temps, je me suis un peu rapprochée de quelques collègues de mon âge, dont une qui avait indirectement connue ma Chérie et j'ai fini par parler de ma relation. Finalement, cela ne me gênait pas, mes supérieures ont même été mises au courant (ça, s'était pas trop fait exprès !). Jusque là, tout allait bien.

Depuis le début de mon contrat, deux des vigiles du magasin m'avaient plus ou moins draguée et pour avoir la paix, j'en étais rapidement arrivée à dévoiler ma relation. Et puis, il y a un ou deux mois, voilà que René se met à me parler.
René est lui aussi vigile du magasin mais contrairement aux autres, malgré un 'capital sympathie' assez grand, son charme s'est envolé. D'après ce que l'on murmure, il aurait dépassé la cinquantaine. Son physique ? Noir (mais ça, personne n'a rien contre), vieillot, légèrement dégarni, bedonnant, très grand, une tête toute ronde, lippu et de longs ongles à faire peur. Au magasin, tout le monde l'apprécie, même les clients.
Un jour donc, voici que cet impressionnant bonhomme m'adresse la parole pour la toute première fois. Dans un premier temps, c'était gentil : "Salut ! Comment ça va ?" Ensuite, ce fut : "Tu es charmante" et autres qualificatifs flatteurs. Puis il en arriva à me dire que j'avais de beaux seins, ce qui n'avait rien de déplaisant une fois mais à force d'être répété presque toutes les fois où il venait me parler, à force de le voir regarder plus bas que mes yeux pour discuter, et qu'il me dise un jour que "c'est bien, les beaux jours arrivent et je pourrai plus te voir" (sous-entendu, que je mettrai plus de décolletés), la situation est vite devenue particulièrement gênante...
Je ne lui avais pas caché ma relation avec Carla lorsque, comme tout le monde, il s'était enquit de savoir si j'étais avec quelqu'un. Là encore, je pensais que mon homosexualité me préserverait de trop d'insistance mais je m'étais trompée... René est seul depuis des années et autant dire que c'est un grand frustré ! A force, ce qui était des propos juste pour me faire rire et que je ne m'ennuie pas en caisse était devenu des silences passés à me regarder, un grand sourire sur les lèvres. Sans doute lâcheté de ma part, je ne disais rien, je souriais aussi, je fuyais le conflit. Le plus désagréable fut le jour où, étant de repos et devant passer voir des collègues, je flânais dans les rayons. Je m'étais mis en tête de m'acheter un soutien-gorge. Mais là, juste devant le portant, René ! Pas moyen de l'éviter donc je vais lui dire bonjour. Et là, ça recommence : les compliments de plus en plus glauques et enfin, le summum du répugnant, arrivé je ne sais comment : "Moi, une femme, j'ai peur que la salle-de-bain l'abîme, j'ai peur que l'eau l'abîme. Moi, une femme, je lui dépose une goutte d'eau, là, juste derrière le lobe de l'oreille et je la laisse couler, et je la lèche !!!" (le tout avec un gros doigt montrant le chemin de la-dite goutte de son oreille jusque sur sa poitrine et sa langue qui sort pour mimer !). Et de continuer de me raconter ses fantasmes, de me dire que ça l'excite... Heureusement, il fut enfin appelé à l'accueil du magasin...
Quelques temps plus tard, il vint un jour en caisse me demander à quelle heure était ma pause, que je vienne lui parler un peu. Ma femme devait venir me chercher et c'est donc ce que je lui ai répondu. "Ah ! mais elle peut pas te laisser ! tu peux pas venir un peu me parler ! Mais qu'est-ce que vous faites ? - Bah... on mange. - Mais sinon ? - Bah... on dort... - Et vous faites l'amour ?!" En rigolant, je lui ai dit d'aller se faire des films ailleurs mais j'en restais pantoise.
Et vendredi dernier, je rentrais dans le magasin pour aller acheter mon déjeuner lorsque je le rencontre à l'accueil. Pas moyen d'éviter là non plus, il est sur mon chemin. Je vais donc lui serrer la main mais il ne veut plus me lâcher et tient à ce que l'on discute. J'ai beau dire que je n'ai pas le temps, rien n'y fait. Heureusement, la femme de ménage arrive et se met à lui parler, détournant ainsi son attention. Enfin, je peux m'éloigner ! Mais voilà qu'il commence à me suivre sur quelques mètres. Je lui dis que je n'ai pas le temps, que ma femme m'attend et voilà qu'il me répond, mécontent : "Ta femme t'accapare et tu me délaisses !" C'est le comble ! Lorsque je retrouve Carla, je lui raconte ce dernier épisode ; elle fulmine, promettant de lui parler. Vient le moment de retourner travailler. Je monte à l'étage et par une vitre teintée, je vois ma belle se disputer avec René.

Depuis, il ne me dit plus rien du tout mais parfois il me regarde encore et si je l'approche, je vois son regard coléreux se poser sur moi. Lorsqu'il fait sa ronde dans le magasin, qu'il passe près de ma caisse, je me mets à angoisser : j'ai si peur qu'il me parle ou s'énerve contre moi, j'ai peur de représailles... J'ai fini par parler à une de mes supérieures hier, des fois que la situation dégénèrerait. Mais je ne suis pas tranquile...

Ma femme est maintenant connue de plusieurs de mes collègues, de René mais aussi d'un autre vigile qui, samedi, lorsqu'il nous a vues ensemble, m'a demandé si c'était elle ma copine. Je n'aime pas mentir ni me cacher aussi ai-je répondu que oui. Et là : "Mais, euh... Vous voulez pas essayer au moins une fois avec un mec?"

Je me croyais tranquile à présent à mon travail, pensant pouvoir me vanter d'une acceptation totale de ce que je suis mais apparemment, ce n'est pas tout à fait le cas. Ces hommes des cavernes que je côtoie ont l'air de me voir comme un fantasme ou m'associent aux leurs.
J'aurais préféré croire que René s'est comporté ainsi avec moi juste parce que je suis jolie mais dans le fond, je ne le crois pas. Nombre de mes collègues sont bien plus belles et féminines que moi et pourtant, avec elle, aucune allusion, pas de sous-entendus, de trucs bizarres, juste des plaisanteries et des taquineries entre copains. Tout ce qui nous distingue ? Ma sexualité.

Je suis naïve et naturellement confiante aussi est-ce dur pour moi de me méfier des gens. Et puis, je ne veux pas me cacher, je ne veux pas que ma vie soit tabou. Toute femme hétéro peut parler de son homme, de leurs vacances, de leur vie commune sans que personne ne s'en offusque alors pourquoi n'aurais-je pas le droit aussi de faire mention de ma vie de couple sous prétexte que mes amours à moi se vivent au féminin exclusivement ? Pour l'instant, la résignation et le mensonge ne sont pas dans mes projets alors advienne que pourra !...



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